Ayiti Quisqueya, Ayiti Thomas

Ayiti                         Ayiti Quisqueya

                             Ayiti Thomas

                                                        Haïti aux multiples dénominations,

                                                Haïti, pays de destination et de découvertes.

                     

“Le Voyage est une source inépuisable d’enseignements, de découvertes et de rencontres”

 D’une superficie de 27 750km2, située en plein cœur de la Caraïbe, cette petite Terre insulaire n’a pas fini de nous surprendre.

Imprégné encore de références misérabilistes et de clichés attristants, il est vrai que ce pays connaît de véritables handicapes, mais il serait dommage de s’en contenir à cet unique aspect et de poursuivre à entretenir cette malheureuse image du pays, en le limitant à une seule et même problématique.

Photographe Thomas SIMOEN

Sculpture sur bois
Patrimoine immatériel
Préservation des biens historiques et intellectuels

Haut lieu de Culture et d’Histoire, de paradoxes et de contrastes, ce pays décèle en son sein une infinité de lieux insolites qui pourraient en surprendre plus d’un.

D’ailleurs, c’est avec cette volonté de comprendre, d’apprendre et de valoriser leur pays, qu’un groupe d’étudiants de l’Institut d’Etude et de Recherche Africaine (IERAH/ IERSS) décide de proposer un séjour d’immersion en province via des visites du patrimoine matériel et immatériel local. Ce séjour s’adressait spécialement aux étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti, en vue de favoriser le partage d’idées et les échanges sur la situation du pays, tout en cherchant à créer et à renforcer les liens et perspectives d’avenir entre les étudiants.

 

Pour ce deuxième séjour éco-touristique, culturel et ludique, réalisé cette année sur la période du 1er au 4 mai 2014, avec l’association LaKayanm de l’IERAH/IERSS et le Kolektif Art Street Vizyon Ayiti (KASAV Ayiti), le cap était orienté cette fois-ci vers le grand Sud.

Un groupe de quarante (40) étudiants a ainsi eu la chance, malgré de nombreuses difficultés, de pouvoir visiter différents sites et communautés d’horizons différents.

Au départ de Port-au-Prince, le premier stop se fit à Aquin et ses environs, puis à St-Louis du Sud, avec un passage sur l’Ile- à -Vache, aux Cayes, à Torbeck, en poussant l’expédition jusqu’aux Grottes Marie-Jeanne, aux Coteaux, à Port-Salut et enfin à Camp-Perrin, avant de reprendre la route du retour vers la capitale.

Quatre jours bien remplis et sans relâche!

Cette activité a pu se réaliser grâce à la mise en place d’un comité étudiant, au support du décanat de l’Institut, à la coordination et à la logistique de Aude-Jeanne Hulot.

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Allier l’utile à l’agréable

Cette sortie fut l’occasion d’engager pour certains étudiants en deuxième année de géographie, une première expertise de terrain sur la thématique des bassins versants de la région d’Aquin et pour d’autres, d’évaluer une partie du circuit touristique de la région du Sud. (Rapport d’activité disponible auprès de KASAV).

L’accueil rencontré sur toutes les étapes du voyage fut des plus chaleureux. Malgré les faibles moyens de cette expédition, les hôtes du Sud ont su faciliter les démarches du groupe, afin que le séjour se déroule pour le mieux. Echanges d’informations, de services et de savoir-vivre étaient au rendez-vous.

Au cours de ces différentes étapes du voyage, l’expédition a été reçue par différentes institutions et entités.  L’Organisation HRDF (Haitian Resource Development Foundation) a mis à disposition son équipe à Aquin pour  la visite du centre professionnel, puis du centre communautaire de santé et de la pépinière. Le PDG Joseph Pierre Serge nous a donné l’occasion de visiter son usine MC Oil, de voir et de comprendre le processus et les différentes étapes de distillation d’une matière organique. Visite ludique et exaltante. M.Jérôme sur l’Ile-à-vache ainsi que les pilotes de navettes publiques ont su sensibiliser et valoriser les différents biens de leur île et des alentours, en s’attelant et veillant à ce que personne ne manque de rien et ce, en toute sécurité. L’Eglise  congrégationaliste de la petite commune de Torbeck a chaleureusement offert le gîte à tout le groupe. L’arrivée du groupe a d’ailleurs éveillé l’attention et la curiosité de tous les habitants. Paisible et reculée, malgré sa proximité avec la ville des Cayes, rares y sont les occasions de rencontres et d’animations.  A cet effet, quelques étudiants du groupe, membres d’associations culturelles et artistiques, ont improvisé et proposé des animations tels que des spectacles de théâtre de rue, des lectures publiques, quelques livres des “Editions des Vagues” ont d’ailleurs même été offerts. Ceci entraîna des interactions et des profusions d’échanges intergénérationnelles, notamment sur l’Histoire de la ville, du patrimoine haïtien, de la vie culturelle à Port-au-Prince, etc.

Au cours des différentes étapes du parcours, quelques aspects disons « à améliorer » ont été relevés et soulevés par les étudiants, comme par exemple l’absence de ressources humaines, d’infrastructures et de sources d’informations sur de nombreux sites comme celui du Fort des Oliviers par exemple. Les difficultés d’accès et d’embarcation des passagers sur le Wharf bétonné du port des Cayes, à destination de l’Ile- à -Vache ont également été relevées.  Les autochtones et touristes prennent ici des risques à chaque embarquement, faute d’aménagement des quais.

Il a été suggéré d’installer des panneaux de signalisation sur tous les sites touristiques, notamment à Camp-Perrin pour indiquer le Saut-Mathurine, ainsi que les horaires de fermeture et d’ouverture du barrage de la centrale hydraulique, installée au dessus du Saut. Légèrement décevant, il est vrai, de parcourir un si long chemin et d’arriver, malgré la beauté du lieu, sur un « simple » bassin quand on s’attend à voire jaillir une cascade !

Comme tout lieu touristique à travers le monde, une entrée payante est indispensable pour entretenir, conserver, développer et améliorer les patrimoines historiques et nationaux. Des manques de structuration, de sensibilisation et d’encadrement viennent se confronter aux problématiques de développement du tourisme local en Haïti, même s’il faut souligner que des prises de conscience et des efforts sont entrepris par tous.

Pour les Cinq Cent Marches aux Coteaux par exemple, une collecte des entrées payées s’est instaurée. Le projet d’amélioration en vue actuellement est celui d’installer une rampe sur chaque côté du site, afin de sécuriser la zone. Quelle surprise aussi, à quelques vingt kilomètres de là, lors de l’arrivée sur la plage de Pointe Sable à Port-Salut d’apprendre et de remarquer comment la plage a été “avalée” par l’avancée de la mer, suite aux différents intempéries des dernières années.

Développer le tourisme est une excellente initiative, mais quel type de tourisme ? A qui s’adresse t-il ? Quels sont les moyens entrepris en ce sens ? Qui sont les bénéficiaires ?

La plage d’Abaka Bay, sur l’Ile-à-Vache, référencée comme la 57ème plus belle plage au monde, n’est peut-être pas forcément accessible à tout le monde. Comment adapter et diversifier le tourisme national et international en Haïti ? Comment le rendre accessible à des publics hétéroclites ? Les populations des zones cibles ont-elles été sensibilisées à ce sujet ?

Voici quelques unes des réflexions qui ont pu émaner de ces quatre jours dans le Sud par les étudiants.

Le groupe était ravi, surpris et très heureux d’avoir découvert ces différents sites patrimoniaux,  d‘avoir pu échanger avec différents interlocuteurs et d’acquérir de nouvelles données sur leur pays.

Nombreux ont été émus par le chaleureux accueil des habitants de Torbeck, de l’Ile-à-Vache et de Camp Perrin. Ils souhaitaient d’ailleurs attirer l’attention sur ces zones secondaires, qui selon eux, manquent d’encadrement au niveau des sections communales, d’infrastructures et de réels lieux d’animation communautaires.

Inquiets et sensibles notamment pour la jeunesse haïtienne, les quelques constats de cette sortie amènent à encourager les institutions, les associations publiques et/ou privées à s’impliquer sérieusement et davantage dans ces petites bourgades provinciales. Dans une optique de développement du tourisme, de promotion de nouvelles valeurs nationales, il serait important aujourd’hui de mettre l’accent sur les côtés attractifs et les mille richesses, jadis bien re-connues d’Haïti.

Pour se faire, un intérêt particulier aux zones secondaires, à la mise en place d’infrastructures et de campagnes de formation seraient à stimuler et à renforcer véritablement.

Les acteurs et organisateurs de cette sortie souhaiteraient renouveler cette expérience et proposer plus d’activités d’animations, à l’avenir, accorder plus d’attention à ces jeunes marginalisés malgré eux. Pour cela, ils  espérent obtenir plus de soutien et de moyens pour y parvenir.

Si le voyage est la meilleure école de la vie, le voyage et l’école se présentent également comme une union qui a pour vocation d’ouvrir les élèves à l’Autre et au Monde, grâce à la philosophie du voyage et de l’aventure. Aider les jeunes à devenir des adultes, des citoyens responsables et épanouis, ouverts à l’Autre et à l’Ailleurs, sensibles à la solidarité et au développement durable de la planète et de l’humanité. Sensibiliser les jeunes à l’altérité et à leur environnement afin de les initier au respect d’autrui, de la nature et de la vie, de lutter contre toutes formes de discriminations et favoriser l’ouverture d’esprit. Les amener à bâtir ensemble un monde meilleur. Telles sont les espérances, orientations et valeurs du collectif.

« Les grands hommes de  l’Antiquité ont jugé qu’il n’y avait de meilleure école de la vie que celle des voyages, école où l’on apprend la diversité de tant d’autres vies, où l’on trouve sans cesse quelques leçons dans ce grand livre du monde. » – Louis de Jaucourt. L’Encyclopédie. Tome XXXVI, article “voyage, voyageurs”

 Aude-Jeanne HULOT

      audehulot8@gmail.com